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Berlin finance l’exportation du modèle agricole européen en Afrique

Publié en association avec LOGO_EURACTIV_MOTTO_EN_XL


Édition spéciale. L’Allemagne souhaite dynamiser le secteur agricole africain en finançant des « centres d’innovation verte ». Ses détracteurs accusent le projet de chercher à ouvrir de nouveaux marchés aux exportations allemandes.

agriculteur euractiv« L’Afrique peut devenir auto-suffisante. Et l’Allemagne veut aider le continent », a déclaré Gerd Müller, ministre allemande au Développement à Berlin le 9 septembre, à des représentants de gouvernements africains.

Gerd Müller veut moderniser le secteur agricole africain grâce au savoir-faire allemand. Pour ce faire, 13 centres d’innovation verte ouvriront dans les jours à venir. Aidés des entreprises et institutions de recherche allemandes, les petits producteurs apprendrons des techniques de culture efficaces, l’utilisation des machines modernes et celle des pesticides ciblés. Dans les deux années à venir, son ministère devrait verser plus de 80 millions d’euros d’aide aux centres.

Ce projet vise à répondre en partie à l’un des grands paradoxes de l’Afrique subsaharienne : malgré l’énorme potentiel agricole de la région, ses habitants dépendent de l’importation de nourriture, et plus de 200 millions de personnes y souffrent de la faim.

Loin de la réalité

Les premiers projets ont déjà été lancés en Éthiopie. Des gestionnaire de fermes, des opérateurs des diverses machines, des formateurs professionnels et des agriculteurs ayant beaucoup d’expérience y sont déjà. Le centre dispense aussi des formations sur l’utilisation des machines et distribue des semences, des pesticides et des engrais de qualité. Certaines entreprises, comme Bayer CropScience et Claas, ont également offert leur soutien. Les petits exploitants allemands n’ont toutefois pas encore pris part au programme.

Mais transposer le modèle agricole européen en Afrique ne règlera pas le problème de la faim dans le monde, estime quant à elle Marita Wiggerthale, d’Oxfam. Il vaut mieux se concentrer sur les réalités des petits producteurs.

Uwe Kekeritz, député vert au parlement allemand, est également d’avis que les centres d’innovation verte ne sont pas la solution. « Nous promouvons un genre d’agriculture industriel à grande échelle. Ce genre de projets ne répond tout simplement pas aux besoins des habitants », assure-t-il.

Uwe Kekeritz fait le lien avec la « révolution verte » des années 1960. À cette époque, la production alimentaire mondiale a doublé, avec des conséquences désastreuses pour l’environnement et la santé dans les pays en développement. Les critiques soutiennent que cette « révolution » a extrêmement appauvri les sols. Aujourd’hui, ce sont les petits exploitants qui souffrent des conséquences.

Aide au développement ou promotion de l’exportation allemande ?

« Avec l’ouverture des centres d’innovation verte, Gerd Müller n’aide pas réellement, mais ouvre des marchés aux exportations allemandes en Afrique, aux dépens de la sécurité alimentaire des habitants », dénonce Uwe Kekeritz.

Les personnalités politiques des Verts se sont prononcés en faveur de pratiques agricoles durables qui aideraient les petits exploitants à se hisser au-dessus du seuil de pauvreté. « Nous devrions promouvoir une agriculture durable dans ces pays, tant au niveau environnemental que social. Ce n’est malheureusement pas le cas », regrette Uwe Kekeritz.

Apprenez à pêcher à un homme…

« Il est utile de donner des machines aux petits exploitants et de leur apprendre à s’en servir. Il existe des solutions adaptables [à leur situation], des machines moins grandes et des équipements adaptés à des parcelles plus réduites », a nuancé Detlef Virchow, directeur du centre pour la recherche de développement (ZEF) de l’université de Bonn et de la recherche liée aux centres d’innovation verte.

Il considère les entreprises allemandes comme des partenaires importants, surtout en termes de fourniture de machines. En Afrique, les marques allemandes ont en effet la réputation de fournir un bon suivi local de leurs produits.

Les chercheurs de la ZEF ont sélectionné une série d’innovations qui pourraient être utiles aux centres. Il s’agit entre autres de techniques de gestion améliorées et de nouvelles technologies, comme le séchage solaire de fruits et légumes, ou encore l’étude des mouvements du bétail et ses comportements alimentaires. Former les agriculteurs-éleveurs à l’utilisation des machines modernes entre également dans la catégorie des techniques innovantes.

« Bien sûr, les centres d’innovation verte ne s’adressent pas seulement aux agriculteurs qui ont des parcelles de moins de deux hectares. Si l’on veut faire des gains de productivité sur le continent, les centres doivent être accessibles à tous les agriculteurs, même ceux qui sont déjà connectés à la chaîne d’approvisionnement », explique Detlef Virchow.

« Assez de paternalisme »

Agro Action, une organisation de développement et d’aide humanitaire allemande, collabore avec plusieurs centres d’innovation verte. Matthis Mogge, le coordinateur du programme, partage les inquiétudes d’Uwe Kekeritz et d’autres ONG. Il estime toutefois qu’il ne faut pas non plus diaboliser le projet et toutes ses initiatives.

« Nous ne devrions pas envoyer de message négatif en disant que les agriculteurs africains ne peuvent pas avoir de tracteurs. Cela sous-entend qu’ils ne sont pas capables de s’en servir. C’est une vraie débauche de paternalisme, qui n’a pas sa place au 21e siècle », assure Matthis Mogge. Les agriculteurs et hommes politiques africains sont impatients de voir les centre verts fonctionner. Le ministère du Développement allemand a à présent réalisé qu’il était nécessaire de développer des solutions sur mesures pour les agriculteurs et mener une agriculture et une action politique locales, selon lui.

Pomme de terre européenne vs patate douce

Le centre d’innovation verte kenyan, qu’Uwe Kekeritz a visité il y a quelques semaines, est un bon exemple de cette volonté. Plusieurs autres sites sont d’ailleurs déjà en construction. Ils seront utilisés pour des formations, et abriteront notamment des champs-témoins pour la culture de pommes de terre. Face aux critiques, le ministère du Développement allemand vient toutefois d’abandonner l’espèce prévue, la pomme de terre européenne, en faveur de la patate douce.

La construction d’une usine de traitement du lait est également prévue. Dans l’ouest du Kenya, il y a une grande demande de produits laitiers, du yaourt, par exemple, et il y a donc clairement un marché pour ces produits. Le centre d’innovation forme des fermiers locaux à travailler sans rompre la chaîne du froid et en respectant les normes sanitaires. Ils apprennent également à sécuriser leur investissement à la fin du projet. « Je soutiens de tout cœur ces initiatives. Si elles sont mises en place efficacement, elles permettront aux agriculteurs-éleveurs d’être indépendants », explique Uwe Kekeritz.

 CONTEXTE

Le 13 mars 2015, le ministère allemande du Développement et de la Coopération économique (BMZ) a donné le feu vert à la création de 13 centre d’innovation verte au Bénin, au Burkina Faso, au Cameroun, au Ghana, en Inde, au Kenya, au Malawi, au Mali, au Nigéria, au Togo, en Tunisie et en Zambie. Le ministère allemand explique que le but de ces centres est d’augmenter les revenus des petits exploitants, de créer de l’emploi et d’améliorer l’approvisionnement alimentaire régional grâce à l’innovation de l’industrie agroalimentaire. La construction et la stabilisation de la chaîne de valeurs locale est aussi une partie importante du processus.

Les centres d’innovation font partie de l’initiative « Un monde sans faim ». Le BMZ fait ainsi de la sécurité alimentaire et de la lutte contre la faim sa mission principale. Tous les ans, environ un milliard d’euros sera alloué à ce secteur (en 2015, 1,4 milliard), surtout dans les pays africains. Les priorités de ces programmes sont notamment le renforcement de la résistance des systèmes agricoles et des structures rurales, ainsi qu’un accès juste et sûr aux ressources et aux terres.

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